C'est un été extrêmement tendu qui s'est déroulé à Clermont-Ferrand. Sur les trois principaux points de deal de la ville : Croix de Neyrat, Saint-Jacques et Avenue Charras, les règlements de comptes et incivilités se sont multipliés. Depuis le début de l'année, Clermont compte quatre morts dans des enquêtes liées au narcotrafic.
Jugé discret pendant le mois d'août par les élus d'opposition, le maire Olivier Bianchi a tenu à clarifier les choses. Dans une semaine, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau sera en déplacement à Clermont-Ferrand pour faire le point sur la sécurité et apporter des solutions. C'est en tout cas le souhait d'Olivier Bianchi.
Plus de 500 clients quotidiens sur les points de deal
RVA : La venue du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, est une bonne nouvelle pour faire avancer la lutte contre le narcotrafic et l'insécurité ?
Olivier Bianchi : Le ministre réserve ses annonce à sa venue le 5 septembre. Mais je ne pense qu'il viendra les mains vides, il a dû prendre conscience des remontés que le préfet, les services de police ont fait ce jeudi matin. Mais la situation est nationale, généralisée. À Clermont-Ferrand, il y a plus de 500 clients chaque jour sur les points de deal. C'est à se demander s'il n'y a pas des parents qui laissent leurs enfants consommer des stupéfiants de manière récréatifs.
Moi, je serai aux côtés de l'État. La situation s'aggrave donc on a l'impression que la Ville est inopérante. Mais nous sommes mobilisés, on continuera à augmenter les effectifs de police. Et je ne m'interdis rien, je ne suis pas idéologue.
Un couvre-feu pour les mineurs ?
RVA : Cela pourrait passer par des arrêtés municipaux ?
O.B : Si on connait une nouvelle flambée de cette violence, j'envisagerai de prendre un arrêté où les mineurs de moins de 16 ans subiraient un couvre-feu. Je dois aussi protéger les jeunes et les enfants de la ville. Je ne veux pas qu'une balle perdue touche l'un de mes concitoyens. J'espère que la venue du ministre permettra de mettre en œuvre notre coopération sur le terrain.
RVA : Le couvre-feu vous semble une solution pour répondre à l'insécurité ?
O.B : Si on avait une séquence avec plus de trois morts dans la même semaine, ça fait partie de l'arsenal que je pourrais utiliser. Il faudra aussi faire appliquer cet arrêté et en avoir les moyens. Aujourd'hui, on a déjà des arrêtés sur la vente d'alcool, on mène une bataille sur les épiceries de nuit.
Le but n'est pas de savoir qui est fautif entre l'État et la Ville, dans cette situation qui nous dépasse tous, mais plutôt qui va agir et comment. Il faut juger sur les faits.
Un problème national
RVA : Comment vous expliquez ce sentiment de laxisme ressentit par certains Clermontois ?
O.B : Je vais être franc. La gauche Clermontoise s'est longtemps interrogé sur les manières de garantir la sécurité en ville. Et certaines personnalités à gauche, comme Manuel Valls, Michaël Delafosse (ndlr : maire de Montpellier) ont repéré les signaux d'alarme. Donc ça reste dans la tête des gens. Pourtant, on mène les mêmes politiques publiques que dans les mairies de droite et il y a les mêmes problèmes. Je pense par exemple aux différents évènements à Béziers, avec un maire dont le volontarisme politique nous ferait penser qu'il est efficace. Mais je ne lui jette pas la pierre, je dis simplement qu'on est largement dépassé.
Aussi, Clermont-Ferrand était une ville extrêmement paisible en France. Et la visibilité d'un point de deal en centre-ville a un peu exacerbé les choses. Quand c'était dans les quartiers à l'extérieur de la ville, ça faisait moins polémique. J'ai aussi hérité d'une ville, en 2014, où il y avait 14 caméras et 48 policiers municipaux. Aujourd'hui, il y a 300 caméras, 70 policiers. Il faut regarder la trajectoire de la ville qui n'est pas uniquement sur la politique de sécurité. Le budget doit aussi financer l'éducation, le sport, la culture, etc.