Migraine : le CHU de Clermont-Ferrand teste un traitement inédit sur 120 patients

Migraine : le CHU de Clermont-Ferrand teste un traitement inédit sur 120 patients
Dans les cinq CHU participant à l’essai, chaque patient suit cinq séances de 20 minutes, réparties sur dix semaines. — Photo : FLICKR

Le CHU de Clermont-Ferrand pilote un essai clinique inédit à l'échelle mondiale pour soulager les personnes souffrant de migraines résistantes aux médicaments. Cinq hôpitaux français participent à cette étude, qui repose sur une technique de stimulation magnétique du cerveau. Les premiers résultats définitifs sont attendus dans deux à trois ans.

Et si des impulsions magnétiques pouvaient soulager les migraines les plus difficiles à traiter ? C'est la piste explorée par une équipe de chercheurs du CHU de Clermont-Ferrand, à la tête d'un essai clinique réunissant 120 patients dans cinq établissements hospitaliers français.

Le projet est dirigé par le professeur Xavier Moisset, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand, enseignant à l'Université Clermont Auvergne et chercheur au sein de l'unité Inserm Neuro-Dol.

L'objectif est de proposer une nouvelle solution aux personnes pour lesquelles les traitements médicamenteux ne donnent pas de résultats satisfaisants.

Une technique sans médicament ni intervention chirurgicale

L'expérimentation repose sur la stimulation magnétique transcrânienne, une méthode non invasive qui consiste à placer une bobine sur le crâne du patient.

Pendant une séance de 20 minutes, l'appareil envoie 2 000 impulsions magnétiques. Celles-ci produisent de faibles courants électriques dans les neurones afin de modifier la manière dont le cerveau traite les signaux douloureux.

La zone ciblée est le cortex moteur primaire, qui permet d'agir sur les réseaux cérébraux impliqués dans la douleur.

Chaque participant suit cinq séances réparties sur dix semaines, à raison d'une séance toutes les deux semaines.

Pour mesurer précisément l'efficacité du traitement, la moitié des patients reçoit une stimulation placebo. L'appareil produit alors les mêmes bruits, mais sans émettre d'énergie magnétique.

Au total, cinq CHU participent à cette recherche : Clermont-Ferrand, Lyon, Saint-Étienne, Grenoble et Nice. Avec 40 patients inclus, Clermont-Ferrand constitue le principal centre de l'étude.

Un espoir pour les patients qui ne répondent plus aux traitements

La stimulation magnétique a déjà donné des résultats encourageants dans certaines douleurs neuropathiques résistantes aux médicaments, avec une amélioration notable chez environ la moitié des patients concernés.

Les chercheurs souhaitent désormais déterminer si cette efficacité peut être retrouvée dans le traitement de la migraine.

Autre avantage potentiel : la méthode présente peu d'effets secondaires. Une fatigue légère et temporaire peut survenir après les séances, contrairement à certains traitements médicamenteux susceptibles d'entraîner des effets indésirables plus importants.

Mais le professeur Xavier Moisset appelle à la prudence : l'efficacité de cette technique contre la migraine reste à démontrer.

"Il y a un espoir grâce à ces nouvelles thérapies, mais ce n'est pas pour demain, c'est pour après-demain", souligne-t-il.

Les conclusions définitives de l'essai sont attendues d'ici deux à trois ans.

Onze millions de Français concernés par la migraine

Cette recherche répond à un enjeu de santé publique majeur. En France, près de 11 millions de personnes souffrent de migraines, une maladie qui touche trois fois plus les femmes que les hommes.

Bien plus qu'un simple mal de tête, la migraine peut provoquer des nausées, une hypersensibilité à la lumière et au bruit, ainsi que des douleurs aggravées par l'effort physique.

Si plusieurs traitements existent, leur accessibilité reste inégale. Les biothérapies anti-CGRP, apparues en 2018, représentent notamment une avancée importante, mais leur coût atteint environ 250 euros par mois, sans remboursement par la Sécurité sociale selon les informations présentées.

Pour le professeur Xavier Moisset, la reconnaissance de cette pathologie reste également un combat : "C'est une vraie maladie. Ce sont des patients qui ne sont souvent pas pris assez au sérieux".

Le travail des chercheurs clermontois a été présenté dans le documentaire Migraine, la fin du casse-tête ?, diffusé mardi 3 novembre sur France 5.