Avec l'augmentation des agressions, les personnes LGBT sont-elles en sécurité ?

Avec l'augmentation des agressions, les personnes LGBT sont-elles en sécurité ?
Illustration © X.GRUMEAU - RVA

Entre la banalisation des propos LGBTphobes et le manque de modération sur les réseaux sociaux, le rapport de l'association SOS Homophobie alerte sur une montée grandissante de la violence.

L'association SOS Homophobie tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme face à l'augmentation des actes LGBTIphobes. En 2025, 1.771 signalements ont été relevés pour des agressions verbales ou physiques en France. Durant le mois de juin, de nombreuses marches des Fiertés sont organisées pour réclamer des droits, une fin de l'intolérance et rassembler une communauté.

Solenn Nivet est la déléguée SOS Homophobie en Auvergne.

 

X.GRUMEAU - RVA : SOS Homophobie a dévoilé son rapport pour l'année 2025 sur les LGBTiphobies, quel synthèse peut-on en faire ?

Solenn NIVET : C'est une continuité par rapport à 2024. L'année 2025 est marquée par une extrême-droite de plus en plus décomplexée, notamment à l'encontre des personnes trans. Mais il y a désormais une obsession médiatique et une oppression systémique des transidentités dans certains médias.

RVA : Pourquoi les personnes trans en particulier ?

Solenn NIVET : Les personnes trans sont celles qui sont le plus marginalisés avec les personnes intersexes. Les femmes trans encore plus, car elles sont à l'intersection de la transphobie et de la misogynie.

 

Agression en hausse envers les hommes gay et les femmes trans

RVA : Quelles sont les personnes les plus touchées par les agressions physiques ?

Solenn NIVET : Sur les chiffres des agressions physiques, les agresseurs sont des hommes dans l'écrasante majorité des cas. Concernant les personnes agressées, ce sont surtout des hommes gay ou des femmes trans qui sont les plus touchés.

RVA : Sur un aspect plus local, quel est climat à Clermont-Ferrand et en Auvergne ?

Solenn NIVET : On a un important tissu local au niveau des associations LGBT. Avec une bonne nouvelle dans la ruralité où il y a des initiatives locales avec beaucoup de solidarité. Pendant longtemps, les personnes LGBT fuyaient les campagnes pour les grandes villes. Mais de plus en plus de personnes y reste ou y retourne pour s'affirmer dans leur identité de genre et/ou leur sexualité. Ça peut vraiment bien se passer.

RVA : À quoi est due l'augmentation du nombre d'agressions ? Est-ce une libération de la parole ou une intolérance grandissante en France ?

Solenn NIVET : Les gens osent porter plainte désormais, même si elles n'aboutissent pas toujours. On constate aussi qu'avec l'augmentation des propos LGBTphobes de la part de l'extrême-droite, il y a des répercussions sur les comportements dans la rue.

RVA : Un autre fléau qui touche notamment les hommes gays, ce sont les guet-apens, via les applications de rencontre.

Solenn NIVET : 4 % des agressions viennent des guets-apens. Cela peut se passer via des applications comme Grindr mais c'est sur la plupart des sites de rencontres. Il y a des personnes qui visent systématiquement et consciemment des personnes LGBT parce qu'elles sont considéré comme des personnes plus faciles à agresser. Il y a un travail avec la LICRA pour sensibiliser aux agressions, mais on part de très loin.

RVA : Y a-t-il des signes pour prévenir une rencontre à risque ?

Solenn NIVET : Déjà, les applications qui ne nécessitent pas d'inscription sont déconseillées, car c'est très difficile de retrouver les agresseurs par la suite. Il vaut mieux privilégier les applications qui ont signé un accord avec la LICRA, informer ses amis du rendez-vous en question et privilégier une rencontre dans un lieu public.

 

Une sécurité relative pour les personnages LGBT

RVA : Les réseaux-sociaux ont-ils accentué cette LGBTIphobie ?

Solenn NIVET : Instagram et X (ex-Twitter) ont décidé de prôner la liberté d'expression à outrance, sans modération. Malgré les signalements pour des propos lgbtphobes ou d'appels à la violence physique, les plateformes ne réagissent pas.

RVA : À moins d'un an de la présidentielle, avez-vous une crainte par rapport au résultat de l'élection ?

Solenn NIVET : SOS Homophobie est une association apartisane mais politique. Aux dernières législatives, on avait pris position contre l'extrême-droite qui vote systématiquement contre les droits des femmes et des LGBT. En regardant les programmes des différents partis ou candidats, on a des inquiétudes. On sera extrêmement vigilant aux positions des candidats.

RVA : Peut-on se sentir en sécurité, à Clermont-Ferrand et en France, quand on est une personne LGBT ?

Solenn NIVET : La sécurité est toute relative, car notre rapport montre qu'on peut se faire agresser n'importe où même à domicile. Il y a aussi des cas de harcèlement de voisinage ou sur le lieu de travail. J'ai été agressé il y a quelques années et le sentiment de sécurité est très relatif aujourd'hui. Il faut être prudent, on peut se tenir la main dans la rue et on voit qu'il y a des progrès, mais... Il y a toujours un mais.

X.GRUMEAU