Ce week-end, le moulin de Nouara d'Ambert (Puy-de-Dôme) accueille une dizaine d'artistes et bédéiste pour petits et grands. La quatrième édition du Moulin à BD se tient les 23 et 24 mai avec de nombreuses animations et auteurs venus présenter leurs histoires. Parmi eux, Ulysse Malassagne, bédéiste et animateur du studio La Cachette, qui viendra présenter "Le Collège Noir". Une BD adolescente, teinte d'héroïsme et de fantastique à travers les monts du Cantal et les légendes auvergnates.
En marge du festival, nous lui avons posé quelques questions pour nous parler de ses inspirations, de ses créations et de la suite du Collège Noir en série d'animation.
X.GRUMEAU - RVA : Qui êtes-vous et d'où venez-vous ?
Ulysse MALASSAGNE : Je fais de la bande dessinée et du dessin animé en parallèle. J'ai grandi dans le Cantal où j'ai fait un STI Art Appliqué avant de monter à Paris pour l'école des Gobelins. J'ai ensuite monté un studio de dessin animé, La Cachette, en créant des passerelles entre les deux pour adapter mes BD en animation.
X.G - RVA : Au premier abord, qu'est-ce qui vous a attiré dans la bande dessinée ?
U.M : J'étais un avide lecteur de BD quand j'étais petit et mes parents sont tous les deux artistes. Donc j'ai baigné dans cette idée de raconter des histoires en dessin. Avec ma mère, on faisait des carnets de voyage ensemble. C'est venu assez naturellement finalement. Pour l'animation, je ne pensais pas être pris aux Gobelins à la base, mais ayant grandi avec les dessins animés, je m'y suis retrouvé. Mon père m'a appris à faire de l'animation avec des petits logiciels pour faire des courts-métrages.
X.G - RVA : En animation, vous avez travaillé sur de nombreux projets comme Ernest & Célestine, Mune ou Love, Death & Robots. Vous arrivez à vous retrouver dans ces univers qui ne sont pas les vôtres ?
U.M : C'est le principe de notre studio La Cachette. On doit accepter des projets de commande pour survivre au départ. Ça nous a permis de grossir et d'apprendre comment gérer un studio. Puis, on a voulu vendre une patte, notre style graphique qui peut se retrouver d'un projet à l'autre. Le studio varie selon les projets, mais on est une trentaine de personnes. Mais ça peut monter à 80 personnes si on a des projets en parallèles.
X.G - RVA : Avec Le Collège Noir, vous êtes passé de la BD à la série. L'idée ce n'était pas simplement de combler les trous pour transformer un scénario graphique en animation ?
U.M : C'est un travail intéressant de passer d'un média à l'autre, car ce sont deux manières différentes de raconter une histoire. En animation y a aussi la dimension sonore et le mouvement. C'est compliqué d'adapter sans reprendre à zéro comme sur le Collège Noir. La bande dessinée avait des petits épisodes avec un monstre à chaque fois. Sur la série, les épisodes font 15 minutes donc on doit mettre plus de manières. La BD est plus riche sur le bestiaire, mais dans la série, on passe plus de temps sur les personnages et il faut développer leurs arcs. Chaque média apporte quelque chose de différent.
X.G - RVA : L'empathie envers les personnages est forcément différente entre la BD et la série ?
U.M : C'est ça, surtout que je suis auteur de la BD et réalisateur de l'adaptation animée ce qui n'est pas toujours le cas. Là, je voulais en profiter pour approfondir l'univers via la série.
X.G - RVA : Le Collège Noir se déroule dans le Cantal, on le voit dans les décors et dans les inspirations dignes du Seigneur des Anneaux. L'Auvergne, c'est un terrain de jeu foisonnant depuis votre enfance ?
U.M : J'ai grandi dans un petit collège du Cantal, entouré par les montagnes et la forêt. Étant déjà fan d'animation ou de récits fantastiques et grandioses, je m'imaginais dans ses univers. A travers les espaces naturels, les ruines, on a l'impression d'être dans un décor d'aventure donc c'était une vraie source d'inspiration. J'ai voulu le faire transparaître dans le Collège Noir, en me mettant en scène dans cet environnement et brouiller la frontière entre le fantastique et le réel.
X.G - RVA : On reconnaît le Puy Mary notamment ?
U.M : Oui complètement, je voulais qu'on reconnaisse les montagnes via des photos qu'on avait prises pour un rendez-vous authentique.
X.G - RVA : Dans Le Collège Noir, y a un folklore très important de monstres et créatures. Vous vous êtes inspiré de vrais contes et légendes d'Auvergne ?
U.M : Il y a du folklore cantalien, mais aussi français plus généralement. En faisant des recherches, on retrouve les mêmes créatures comme le Croc-Mitaine où il peut s'appeler le Père Babau dans une autre région. On a donc du folklore qui vient du Cantal, mais pas seulement. L'idée, c'est de jouer avec les codes de la sorcellerie, de la magie ou des démons. Dans le Cantal y a toute une imagerie autour du Diable avec les volcans.
X.G - RVA : Avec ce bestiaire de montres, y a une frontière fine entre la frousse et la terreur dans votre BD. Comment trouver le juste milieu pour ne pas traumatiser les enfants ?
U.M : Je me souviens d'avoir grandi avec des séries qui frôlaient avec ses tons là où il y avait des éléments sombres ou effrayants. Quand on est adolescents ou pré-adulte, on a envie de se faire peur et de se confronter aux thèmes des adultes, aux problèmes du monde et à la mort. Le montrer dans un dessin animé, c'est intéressant pour se préparer à ce monde-là. Mais c'est difficile de convaincre les médias traditionnels comme la télévision de diffuser une série comme la nôtre parce qu'on ne répond pas une case adulte ou enfant. Les plateformes permettent cette liberté de ton et c'est pour ça qu'on est parti avec ADN puis France.tv, mais sans diffusion à la télévision.
X.G - RVA : Vous passez un contrat de confiance avec le spectateur en le préparant à avoir peur, mais en le prenant par la main ?
U.M : En tant qu'auteur, ça vient au feeling en se mettant dans la peau du public. Je voulais que des jeunes de 10 ans puissent regarder la série sans en ressortir traumatisé. J'essaie de reproduire ce que j'avais ressenti plus jeune.
X.G - RVA : En tout cas vos aventures personnelles vous ont aidé dans la création de l'univers ?
U.M : J'aime beaucoup l'escalade ou l'urbex. Les lieux sont des sources d'inspiration et le décor est très important dans une série. S'inspirer du réel, on ressent beaucoup de chose en tant que spectateur. Et en vivant des aventures, je peux mieux les transposer dans la série (rire).
X.G - RVA : La saison 2 du Collège Noir se profile avec une diffusion à la fin de l'année ?
U.M : On est reparti avec la même équipe et je pense que cette deuxième saison sera encore plus belle que la première. L'histoire reprend directement après la saison 1 avec son cliffhanger où on rentre directement dans l'action. La saison permettra de conclure l'histoire principale en faisant écho à la BD et un peu plus. Pour l'instant, on ne sait pas s'il y aura une saison 3, probablement avec une histoire différente. La sortie est prévue pour Halloween 2026.









