Le « baby crash », une répercussion démographique liée au COVID-19 ?

Le « baby crash », une répercussion démographique liée au COVID-19 ?

La crise sanitaire a aussi eu un impact sur certains projets de vie, il est encore tôt pour se prononcer mais les premiers chiffres révèlent un baby crash, soit une baisse de la natalité.


Depuis quelques semaines maintenant, les "bébés du confinement", conçus à partir de la mi-mars, poussent leurs premiers cris.  Cependant, à travers la France, un même constat est partagé : la nouvelle génération est relativement peu nombreuse: « On a eu une diminution des naissances de 7% en décembre 2020 par rapport à décembre 2019 », déclare Cyril Huissoud, gynécologue-obstétricien au CHU de Lyon.
Après avoir entraîné des conséquences sur la mortalité, se pourrait-il que la crise du Covid-19 nous entraîne vers une toute autre crise démographique ? En France aucune donnée nationale ne permet encore de définir clairement l’ampleur du phénomène tout comme à l'échelle mondiale où le brouillard reste épais : « Nous avons encore très peu de données sur l'impact du Covid-19 sur le nombre de grossesses », reconnaît Karoline Schmid, responsable du dossier à l'ONU. « Le recul de la natalité pourrait atteindre 10 à 15% en 2020 et 2021 sur l’échelle mondiale », indique le groupe bancaire HSBC, ce qui équivaut à une quinzaine ou une vingtaine de millions de naissances perdues.

Pourquoi les couples ne font plus d’enfants ? 

La fermeture des centres d'assistance médicale à la procréation a également mis un frein aux potentielles grossesses. « En France, le nombre de ponctions d'ovocytes a chuté de 32% entre janvier et octobre par rapport à la même période en 2019 », rapporte Claire de Vienne, chargée du dossier à l'Agence de la biomédecine. « C'est du jamais-vu, cela a causé une détresse majeure parmi les patients ».
Au CHU de Clermont-Ferrand, 573 naissances ont été enregistrées pour les mois de décembre et de janvier 2021, soit 76 de moins qu’un an plus tôt durant la même période. Cela revient à une baisse de la natalité de 12% sur cette période. Au centre hospitalier de Saint-Denis, 285 femmes ont donné naissance en janvier 2021, contre 348 en janvier 2020, soit une baisse de 18 %. « Traditionnellement, cette période de l’année n’est pas la plus chargée. Mais là, la baisse est quand même significative sur un an, il se passe quelque chose », témoigne Martine Mabiala, la sage-femme coordonnatrice de l’établissement.

Un contexte sanitaire qui freine les projets de famille

« Globalement, on observe que les climats générateurs d’incertitude impactent la fécondité et provoquent ce que l’on appelle des “reports d’intention”. Il est donc très possible, et assez logique, que l’épidémie de Covid-19 donne lieu à un petit creux » rappelle Sandra Brée, historienne et démographe au CNRS. La cause d’une telle diminution s’expliquerait donc par le manque de visibilité sur l’avenir, certains couples préfèrent alors reporter leur intention de fonder une famille. « La perte d'un emploi ou la peur du chômage peut avoir une grosse influence sur la décision de fonder ou d'agrandir sa famille », déclare la démographe Eva Beaujouan. La crise sanitaire a developpé un environnement si sombre et incertain que pour certains, l'idée de faire des enfants dans cette période est devenue impensable.