Le film "La Maison des Femmes" veut montrer la réalité des femmes victimes de violences

Le film "La Maison des Femmes" veut montrer la réalité des femmes victimes de violences
"La Maison des Femmes" est en salle depuis ce mercredi © X.GRUMEAU - RVA

Au cinéma ce mercredi, le film social "La Maison des Femmes" met en lumière cette structure déployée dans une trentaine d'hôpitaux français pour reconstruire les femmes victimes de violence.

C'est l'un de nos coups de cœur cinéma de ce début d'année. "La Maison des Femmes" raconte la vraie histoire de cet établissement public installé dans les hôpitaux français pour accueillir et accompagner les femmes victimes de violences intrafamiliales. Une trentaine de structures comme celle-ci sont réparti en France, dont une unité au CHU de Clermont-Ferrand.

Si le projet a tout du film social pour sensibiliser le public, la réalisatrice Mélisa Godet signe un film choral, avec beaucoup d'empathie, où la fiction nous emporte dans une réalité implacable. Nous avons rencontré la cinéaste ainsi que sa productrice, Emma Javaux.


Mélisa Godet, réalisatrice, et Emma Javaux, productrice, de la Maison des Femmes © X.GRUMEAU - RVA

X.GRUMEAU - RVA : Quelle est la genèse du projet ?

Mélisa Godet, réalisatrice : Le projet est né en 2016 lorsque la première Maison des Femmes a été créée. Je me dis que c'est bien qu'un lieu comme celui-ci puisse exister, enfin. Ça m'a inspiré un film choral et lumineux. Mais je ne me sens pas prête tout de suite, humainement, il faut être solide pour traiter de ce sujet.

RVA : Comment avez-vous construit le casting ce film choral ?

M.G. : Dès l'écriture. J'imagine des personnages suite à la documentation que j'ai pu voir ou étudier. Ensuite, je pense à quelques actrices pour jouer chaque rôle. Je voulais faire une photo de famille qui raconte cet endroit, mais surtout des femmes et des féminités.

Emma Javaux, productrice : Les agents étaient éberlués par la qualité du scénario. Ça les a galvanisés. Karine Viar va lire très vite le scénario et rapidement une rencontre se fera avec Mélisa.

RVA : Le film montre en tout cas un panel de profils très différents autant sur le plan social, qu'ethnique et morphologique. Comme vous avez défini ces seconds rôles qui nous marquent ?

M.G. : En tous cas, je n'ai pas réfléchi en termes de cases à cocher parce que ça aurait été affreux. Je me suis inspiré sur le fonctionnement de cette Maison et les profils des patientes. Vis-à-vis des violences faites aux femmes, peu importe le milieu d'où l'on vient, son origine sociale, géographique, ses diplômes, on est sur un pied d'égalité total. Je ne voulais pas qu'en regardant le film, on se dise : "c'est terrible ce qui se passe dans ce film, mais c'est ailleurs". Non, ce n'est pas ailleurs.

RVA : Vous aviez envie de montrer une autre vision des violences faites aux femmes ?

M.G. : Je ne voulais pas représenter la violence, montrer l'emprise de la violence par quelqu'un d'autre. Je voulais me concentrer sur ce qui se passe quand ces femmes passent les porte de cet endroit. Quand elle décide de redevenir maîtresse de leur vie avec l'énergie et le courage que cela implique. Elles doivent analyser ce qui leur est arrivé à l'aune de leur passé.

"Ces femmes se réapproprient leur histoire et leur vie."

E.J. : Elles sont des patientes avant d'être des victimes. On a souvent vu des représentations de femmes violentées ou violées. Et cela questionne sur les méthodes du cinéma, comme cela a été filmé et par qui. C'est difficile de déconstruire tout ça. À la fin des séances, on voit les réactions des femmes, certaines avec leurs filles qui vont aborder leur sujet. On a la vocation de montrer le film dans le milieu éducatif.

RVA : Sur ce regard envers les patientes, comment placer la caméra pour ne pas être intrusif ?

M.G. : Avec le chef opérateur, on a voulu rendre le rythme de l'équipe soignante. Il est vif, elles n'ont pas le temps de s'asseoir, il n'y a jamais de place pour tout le monde. Donc là, la mise en scène est plus vive avec une caméra épaule. Puis contraster avec le moment où la porte se ferme, avec la soignante en face de la patiente pour l'écouter. Là, la caméra est plus posée, la séquence moins montée, sans musique, comme pour créer une belle de confiance et de calme.


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RVA : Une période que vous évoquez, c'est celle de la COVID où des femmes se sont retrouvées coincées avec leurs bourreaux. C'est une manière de rappeler à tout le monde cette conséquence qu'on a oubliée de la pandémie ?

M.G. : L'enfermement à domicile avec des femmes et enfants victimes de violence, ça a été une déflagration. C'était important de faire figurer cette période. Montrer que dès qu'il y a un choc conjoncturel, les droits des femmes et des enfants reculent. La pandémie nous a aussi fait prendre conscience de l'important du personnel soignant.

E.J. : Le confinement a été un exhausteur des inégalités sociales. Chacun était chez soi dans son propre huit-clos, un des rares moments où la police et les associations ont collaboré. Parce que les conséquences étaient tellement graves.

X.GRUMEAU