À Clermont, on a transformé des objets en pierre pendant trois siècles

À Clermont, on a transformé des objets en pierre pendant trois siècles
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Les eaux calcaires de Saint-Alyre déposaient une gangue minérale sur tout ce qu'on y suspendait. L'attraction a fait venir des centaines de milliers de curieux. Elle a fermé en 2000.

Le principe tient de la magie et relève entièrement de la chimie. Certaines sources du bassin clermontois sont chargées en carbonate de calcium. Suspendez un objet sous leur ruissellement : l'eau y dépose, couche après couche, une pellicule de calcite. Au bout de quelques mois, l'objet est enrobé de pierre.

Le quartier Saint-Alyre, à Clermont-Ferrand, doit sa notoriété à ce phénomène. On y trouve le Pont naturel, une arche entièrement constituée de dépôts calcaires accumulés par la source au fil des siècles — une formation géologique en pleine ville, sur laquelle on marche. Autour, une petite industrie s'est installée.

La tradition attribue l'idée première à un jardinier de l'abbaye de Saint-Alyre. Le procédé est ensuite perfectionné au XIXe siècle par Jean Serre, avec le concours du naturaliste Henri Lecoq, le même dont Clermont a fait le nom de son muséum et de son jardin botanique.

Le dispositif est d'une simplicité désarmante : des sortes d'échelles disposées sous le fil d'eau, sur les barreaux desquelles on pose les objets à pétrifier. Le ruissellement fait le reste, sans intervention. On y a traité des médaillons, des bas-reliefs, des fruits, des nids, et jusqu'à des animaux naturalisés laissés des mois durant sous la source. La production partait vers les hôtels de la région et chez les particuliers, comme curiosité de salon.

Le succès s'explique par l'époque autant que par le procédé. Le XIXe siècle raffole des cabinets de curiosités, des objets qui brouillent la frontière entre nature et artifice, et du tourisme thermal - Clermont et Royat en vivent. Un objet pétrifié réunissait tout cela : un souvenir de voyage, une bizarrerie scientifique et une preuve tangible que l'eau du pays avait des pouvoirs. Il se vendait aussi bien comme curiosité que comme argument publicitaire pour les stations.

Pendant au moins trois siècles, l'endroit a attiré des centaines de milliers de visiteurs. Aux environs de 1830, la propriété avait été partagée par héritage, séparant la fontaine des grottes du Pérou de celle du Pont naturel, exploitée comme source thermale. La fontaine du quartier Saint-Alyre a définitivement fermé en 2000.

Le saviez-vous ? Le savoir-faire n'a pas disparu du département. À Saint-Nectaire, à une quarantaine de kilomètres, des fontaines pétrifiantes fonctionnent toujours et perpétuent le procédé sur le même principe. C'est probablement le seul artisanat français dont l'outil de production est une source, dont l'ouvrier est la gravité, et dont le délai de fabrication se compte en saisons.