La chaîne des Puys a été classée à l'UNESCO au troisième essai : il n'y en aurait pas eu de quatrième

La chaîne des Puys a été classée à l'UNESCO au troisième essai : il n'y en aurait pas eu de quatrième
DR J.Way

Refusée en 2014, ajournée après 2016, la candidature est passée le 2 juillet 2018. Et ce qui a été inscrit n'est pas exactement ce que les visiteurs croient venir voir.

Le 2 juillet 2018, le Comité du patrimoine mondial inscrit sur la liste de l'UNESCO le "Haut lieu tectonique Chaîne des Puys - faille de Limagne". C'était la troisième présentation du dossier. Il n'y en aurait pas eu de quatrième : les règles ne le permettaient plus.

Retour sur les deux échecs.

Première tentative en juin 2014, devant le comité réuni à Doha : le dossier n'est pas retenu, et l'UICN, l'organisme expert chargé d'évaluer les candidatures naturelles, demande qu'il soit retravaillé. 

S'ensuit un dialogue approfondi avec l'UICN, de septembre 2014 à la fin 2015, puis un dossier complémentaire déposé en janvier 2016. Deuxième déception. En 2018, l'UICN rend enfin un avis favorable.

Ce qui a été classé mérite d'être précisé, parce que l'intitulé officiel surprend souvent, y compris localement. Le bien inscrit n'est pas "les volcans d'Auvergne" au sens paysager du terme. C'est un haut lieu tectonique, qui associe deux éléments indissociables : la chaîne des Puys, l'alignement de volcans, et la faille de Limagne, l'escarpement qui borde la plaine.

La valeur retenue n'est donc pas la beauté du site mais sa lisibilité. On lit ici, sur quelques kilomètres et à ciel ouvert, l'ensemble du mécanisme de formation d'un rift continental : la cassure de la croûte terrestre, le basculement et le soulèvement du bord de faille, et le volcanisme qui en découle.

Ailleurs dans le monde, ce processus est enfoui, érodé ou dispersé sur des centaines de kilomètres. Ici, il s'embrasse d'un seul regard depuis un sommet.

Cette nuance a une conséquence très concrète. L'inscription engage le territoire à préserver non seulement les cônes volcaniques, mais aussi la lisibilité de l'ensemble : les vues, les lignes de crête, les perspectives depuis et vers la faille. On protège ici un point de vue autant qu'un terrain, ce qui pèse sur l'urbanisme de toute la plaine.

Reste à mesurer ce que dix ans de dossier ont demandé.

Une candidature UNESCO n'est pas un formulaire : elle suppose des travaux scientifiques, une comparaison argumentée avec les sites équivalents dans le monde, un plan de gestion, et l'adhésion de dizaines de communes dont l'urbanisme se trouve durablement encadré. C'est un travail de collectivité autant que de géologues, et c'est probablement ce qui explique qu'il ait fallu trois tentatives.

Le saviez-vous ? La chaîne compte environ quatre-vingts volcans alignés sur une trentaine de kilomètres, et elle est géologiquement très jeune : ses dernières éruptions ne remontent qu'à quelques milliers d'années. À l'échelle du Massif central, dont les reliefs se comptent en dizaines de millions d'années, la chaîne des Puys relève presque de l'actualité.