Le trait d'union de Clermont-Ferrand est la cicatrice d'un mariage forcé

Le trait d'union de Clermont-Ferrand est la cicatrice d'un mariage forcé
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Deux villes rivales, un édit royal de 1630 dont Montferrand n'a jamais voulu, et un siècle de déclin avant l'absorption définitive en 1731. Histoire d'une union qui n'en était pas une.

Clermont-Ferrand n'a pas toujours porté ce nom, pour une raison simple : ce furent longtemps deux villes.

D'un côté Clermont, siège épiscopal ancien. De l'autre Montferrand, ville comtale bâtie sur une butte à quelques kilomètres, dotée de ses propres institutions, de sa propre élite et de sa propre juridiction fiscale, la Cour des aides.

Deux entités distinctes, concurrentes, régulièrement hostiles.

Le 15 avril 1630, à Troyes, Louis XIII signe un édit qui les réunit et les incorpore sous le nom de Clermont-Ferrand. Le texte prévoit aussi le transfert de la Cour des aides de Montferrand vers Clermont, une exemption de tailles pour les habitants de Montferrand, et l'installation d'un collège jésuite dans la partie montferrandaise. Sur le papier, un échange équilibré.

Dans les faits, l'union n'a pas lieu. L'historien Patrick Fournier parle d'une "fausse union" : seules certaines clauses sont appliquées, et elles vont toutes dans le même sens. Montferrand perd sa Cour des aides, donc ses magistrats, ses avocats, ses plaideurs et l'argent qui allait avec. Le collège, sa principale contrepartie, lui échappe au début des années 1660.

Ce qui s'annonçait comme une fusion se révèle un déclassement organisé, imposé dans un jeu d'alliances impliquant l'entourage de Richelieu et les officiers de la Cour des aides.

Il faut comprendre ce que perdre une Cour des aides signifiait pour une ville d'Ancien Régime. Ces juridictions fiscales concentraient une population d'officiers, de procureurs, de greffiers et de plaideurs qui logeaient, consommaient, bâtissaient et faisaient vivre tout un quartier. Déplacer une cour de justice à trois kilomètres, c'était transférer un tissu économique entier. Montferrand n'a pas seulement perdu un statut : elle a perdu ses habitants les plus solvables.

La suite est un lent effondrement. Prise entre de lourdes charges financières et le départ de ses élites les plus fortunées, Montferrand décline sans retour. Il faudra attendre 1731, sous Louis XV, pour qu'un second édit d'union, porté par l'intendant Daniel-Charles Trudaine, consacre l'absorption. Un siècle exactement après le premier.

Le saviez-vous ? Le vieux Montferrand existe toujours. Ses maisons à pans de bois, ses hôtels particuliers Renaissance et son plan de bastide en font un centre ancien complet à trois kilomètres de l'autre centre ancien, à l'intérieur de la même commune.

Peu de villes françaises offrent ce spectacle de deux cœurs historiques distincts sous un seul nom. C'est le trait d'union qui les tient ensemble, et il n'a rien d'un ornement typographique.